Mai 2008 : Ruth Néray [en]

Ruth Bindefeld Néray : L’optimisme triomphant

JPEG

Ruth Néray avait 17 ans en 1940. Elle a quitté Paris pour rejoindre Marseille, puis Grenoble pour échapper à la police de Vichy et aux nazis mais elle est arrêtée en décembre 1943 et envoyée à Auschwitz. Soixante ans plus tard, Ruth nous raconte son histoire.

« Je suis la 75912ème personne de sexe féminin à pénétrer vivante dans le camp d’Auschwitz ». Ruth a gardé ce numéro inscrit sur son bras jusqu’à aujourd’hui, « comme du bétail », précise-t-elle. En décembre 1943, âgée de 21 ans, Ruth découvre l’enfer des camps. Les coups, les humiliations, la faim… Son calvaire a duré presque un an, jusqu’à ce que les Nazis, pressés par l’avancée russe, décident de transférer leurs détenus vers l’Ouest. « J’ai dû marcher pendant trois jours, presque sans arrêt, dans le froid et sans chaussures. Je me demande encore pourquoi mes pieds n’ont pas gelé… » Ayant survécu à ce que les historiens appellent aujourd’hui la « marche de la mort », Ruth est arrivée dans le camp de Ravensbrück avant d’être transférée à Neustadt. Epuisés, à la limite de la survie, les rescapés découvraient un matin que les nazis avaient quitté les lieux pendant la nuit. Ruth recouvrait alors sa liberté, pourtant, ses souvenirs n’ont jamais cessé de la hanter. « Il me semble parfois que je suis « en dehors », n’appartenant réellement nulle part. Il y a une part de moi qui restera toujours à Auschwitz. », insiste-t-elle. De retour en France, Ruth a du faire face à l’incompréhension de ceux qui ont échappé aux raffles. « Même mes parents, cachés à Voiron pendant la guerre, ne comprenaient pas. » C’est ainsi que Ruth a choisi l’exil. Elle a quitté la France pour le Canada. « Pour moi, un voyage en France sera toujours un retour aux sources mais je trouve dommage que ce soit teinté de tant de nostalgie. »

Arrivée à Montréal en 1955, Ruth s’est lancée dans sa nouvelle vie avec enthousiasme. « Le Canada m’a tout de suite plu ! » Elle a travaillé au Département de français de l’Université McGill puis ouvert un bureau de traduction. Mais malgré sa nature joyeuse, Ruth était vite rattrapée par ses souvenirs douloureux. « Je suis venue m’installer au Canada avec mon mari dans l’idée de faire table rase de mon passé mais je n’ai pas pu. » Alors elle s’est tournée vers la peinture et a monté un petit commerce de foulards aux couleurs vives, qu’elle colorait elle-même. « Pendant la guerre je faisais de la peinture sur tissus. J’avais appris à dessiner sur la soie et j’aimais beaucoup cela. Recommencer à peindre m’a beaucoup aidé… par le truchement des couleurs et des formes, j’ai surmonté ma peine ». En 1985, à la mort de son mari, Ruth est venue s’établir à Toronto, près de son fils. Puis, toujours avec le même entrain, elle s’est lancée dans l’écriture : « J’ai commencé à écrire sur des bouts de papier. Puis j’ai refait tout mon parcours pour tenter de comprendre pourquoi j’avais survécu. Je me réveillais au milieu de la nuit et j’allais à mon ordinateur… » Ruth a écrit son histoire ( [1]) parce qu’elle voulait que le monde sache et n’oublie pas mais elle refuse de limiter le récit de sa vie à l’horreur des camps. Elle a gardé son sourire, sa curiosité pour la vie et son optimisme. « Je ne veux pas être considérée comme une statue vivante de l’holocauste ! J’ai triomphé et j’ai trouvé la paix ».

Ruth a deux fils et six petits-enfants qu’elle adore et qui le lui rendent bien.
_

[1To Auschwitz and back. My personal journey. Aux Editions Sudbury Press et disponible directement auprès de l’auteur, Ruth Neray, joignable à l’adresse suivante : ruth@neray.com

Dernière modification : 04/07/2008

Haut de page