Novembre 2008 : Dr Jean-Philippe Pignol [en]

Jean-Philippe Pignol et la mise au point de nouveaux traitements du cancer du sein.

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Dr Jean-Philippe Pignol

Un diplôme de spécialiste en cancérologie et un doctorat de physique nucléaire en poche, Jean-Philippe Pignol voulait mettre au point de nouvelles techniques de traitement du cancer par radiations.

Jean-Philippe débute sa carrière de médecin et de chercheur en France où il collabore notamment avec le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA). Ses travaux consistent à créer, à partir de faisceaux de neutrons, des réactions dans les cellules tumorales et non dans les cellules saines. Ses capacités de recherche et son aptitude à les faire aboutir ne passent pas inaperçues et Jean-Philippe se voit bientôt offrir un poste à Toronto. Il se lance dans l’aventure, fait le déplacement avec femme et enfants et le voilà aujourd’hui installé depuis plus de huit ans dans la ville-Reine. « Ici, j’ai eu l’opportunité de développer des recherches que je n’aurais probablement pas pu faire en France », nous confie-t-il modestement. Jean-Philippe a notamment participé au lancement d’essais cliniques qui ont changé la façon dont on traite le cancer du sein en Amérique du Nord ! Il est Professeur en Médecine à l’Université de Toronto et exerce à l’Odette Cancer Centre de l’hôpital de Sunnybrook. Radio-oncologue, comprenez médecin spécialisé dans le traitement du cancer par radiothérapie, Jean-Philippe s’est spécialisé dans le traitement du cancer du sein. Au Canada, 22 000 nouveaux cas de cancer du sein sont décelés chaque année, deux millions dans le monde. « Aujourd’hui, le cancer du sein connaît un taux de survie de 90%. La priorité maintenant est d’améliorer son traitement », nous explique-t-il.

Jean-Philippe a travaillé sur la mise au point de deux nouvelles méthodes de soin.

D’une part, la radiothérapie par modulation d’intensité, un traitement par radiothérapie plus précis, qui permet de diminuer d’un tiers les risques de brûlures cutanées. La seconde méthode consiste à implanter de manière permanente des grains radioactifs. Cette technique est utilisée avec succès depuis plus de vingt ans pour le traitement du cancer de la prostate. Le défi de Jean-Philippe Pignol et de son équipe était d’adapter cette technique au cancer du sein. Après exérèse de la tumeur par chirurgie, cette méthode consiste à insérer de manière très précise 80 grains radio-actifs tout autour de la cavité chirurgicale. Ces grains vont émettre des rayons de faible intensité pendant deux mois et détruiront toutes les cellules cancéreuses. « L’avantage de cette technique et qu’elle est beaucoup moins contraignante ». En effet, la technique est réalisée en une heure sous anesthésie locale, donc les patientes ne doivent se rendre à l’hôpital qu’une seule fois (contre environ trente fois d’affilée sur trois à sept semaines avec le traitement conventionnel). Les patientes reçoivent leur traitement tout en ayant une vie normale.

Aussi révolutionnaires soient-ils, ces traitements ne sont pas encore largement répandus. La procédure pour rendre un traitement standard est longue. Dans un premier temps, il faut faire des essais cliniques testant la sécurité, l’absence de toxicité et l’efficacité de la technique. Une fois que cela est validé il faut comparer le nouveau traitement avec le traitement conventionnel en tirant au sort le traitement. Tout cela prend du temps et beaucoup d’argent. A ce jour, 67 patientes ont été traitées via cette méthode à l’hôpital Sunnybrook. Les résultats de ces premiers essais cliniques montrent que les patientes ont eu cinq fois moins de problèmes cutanés qu’avec la radiothérapie classique. De plus, avec pratiquement cinq ans de recul, aucune récurrence n’a été observée. Un nouvel essai est actuellement mis en place dans le but de continuer à vérifier la sécurité du traitement mais également de tester le transfert de technologie. Ce nouvel essai sera réparti dans huit centres au Canada et aux Etats-Unis, impliquant 500 patientes. Cela prendra environ une dizaine d’années avant que ce traitement ne soit un standard universel. Mais les premiers résultats sont tellement prometteurs ! Le Docteur Pignol insiste sur le fait que toutes ces avancées scientifiques n’auraient pas pu se faire sans l’aide apportée par les fondations caritatives ni la bravoure des patientes. Il reçoit des lettres de femmes atteintes de cancer du sein venant du monde entier. « J’essaie de répondre à chaque fois car je crois qu’il est terrible de lancer un espoir et de ne plus donner suite ». Il faut savoir que seuls les stades très précoces, soit 20% des femmes atteintes d’un cancer du sein, sont éligibles pour ce traitement. Il faut que le cancer soit diagnostiqué très tôt, qu’il n’y ait pas de métastase dans les ganglions et que la chirurgie ait été conservatrice.

Du talent, beaucoup d’audace, un peu de sérieux et une bonne dose d’utopisme sont nécessaires pour guérir l’humanité de ses maux les plus rebelles. Peut-être parce qu’il a grandi en Afrique, Jean-Philippe rêve de voir un jour les pays en voie de développement bénéficier de ce qu’il appelle lui-même la « médecine des ultra-riches ».

Sites Internet à consulter :

- Canadian Breast Cancer Foundation : www.cbcf.org

- Odette Cancer Centre, Sunnybrook Health Sciences Centre : www.sunnybrook.ca


Le Département de radio-oncologie de l’Université de Toronto comprend 57 radio-oncologues et 157 enseignants. Cette équipe traite entre 11 et 12 000 malades par an. Il n’y a aucun équivalent au monde en termes de concentration de moyens.

Dernière modification : 18/12/2017

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