Conférence des bailleurs de fonds pour Haiti, intervention de Rama Yade

CONFERENCE DES BAILLEURS DE FONDS POUR HAITI INTERVENTION DE LA SECRETAIRE D’ETAT CHARGEE DES AFFAIRES ETRANGERES ET DES DROITS DE L’HOMME, RAMA YADE

(Washington, 14 avril 2009)

Madame le Premier Ministre,
Messieurs les Dirigeants des Organisations internationales,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les Ambassadrices et Ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs,

Au moment de prendre la parole, parmi tant de personnalités éminentes, ce sont des images venues d’ailleurs qui affluent à mon esprit : les rues de Port-au-Prince ou de Cap Haïtien, le regard des enfants recueillis par le Centre Sixto à Martissant, des entrepreneurs -rencontrés à la chambre de Commerce - tous animés de la volonté de faire progresser leur pays… bref, les images et les émotions ramenées du voyage que j’ai effectué en Haïti en septembre 2007 à la demande du président Nicolas Sarkozy.

Et je suis certaine que ce mot "Haïti" évoque chez beaucoup d’entre vous des souvenirs comparables, des souvenirs forts. Pour nous Français, Haïti est chargé de références à une histoire commune, parfois tragique, et à une langue partagée, que les écrivains haïtiens ont brillamment enrichi de tonalités nouvelles.
Haïti est, en outre, notre voisin, malgré l’éloignement de la métropole, grâce aux territoires français d’Amérique, Guadeloupe et Martinique, sans compter la Guyane. Entre ces territoires et Haïti, il y a une vraie communauté de destins, dont témoignent déjà des échanges humains très denses.

Au nom de cette histoire certes tumultueuse mais partagée, qui nous a parfois éloignés mais jamais séparés, nous avons mis en place depuis deux ans, une politique ambitieuse. Elle se fixe pour objectif une véritable refondation des relations entre la France et Haïti.
Si j’ai été le premier membre du gouvernement, sous la présidence de M. Sarkozy, à me rendre en Haïti, ma visite a marqué le début d’un dialogue nourri par un courant continu de visites, dans les deux sens, puisque j’ai eu aussi, Madame le Premier Ministre, le plaisir de vous rencontrer à Paris.

Madame le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs,
Notre rencontre d’aujourd’hui, il faut le dire, le reconnaître, s’inscrit dans un contexte difficile. En 2008, Haïti a subi des chocs externes particulièrement violents :
- les émeutes de la faim début avril provoquées par la hausse des prix alimentaires, la hausse vertigineuse des prix du pétrole ;
- la censure du gouvernement suivie d’une longue crise politique ;
- les cyclones qui se sont abattus sur Haïti provoquant de terribles destructions et de nombreuses victimes.
Haïti, qui a déjà beaucoup souffert, ne méritait pas cela.
Madame le Premier Ministre vous avez donc pris vos fonctions, en septembre dernier, dans une situation particulièrement tendue.
En dépit de toutes ces difficultés, les institutions haïtiennes ont continué de fonctionner, la vie démocratique suit son cours avec, dans les tout prochains jours, l’organisation d’élections sénatoriales. En un mot, Haïti tient bon et doit aller de l’avant.
Dans la vie qu’il s’agisse de celle des nations ou de celle des personnes, les amis doivent se prêter main forte dans les passes difficiles et c’est pourquoi nous sommes là, la France, bien sûr, mais aussi tous les autres amis d’Haïti.

La France s’est en effet efforcée de mettre en œuvre une coopération efficace, réactive et attentive aux besoins des Haïtiens.
Ainsi, en septembre dernier, au lendemain des ouragans qui ont frappé Haïti, mon collègue Alain Joyandet, secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie, s’est rendu à Port-au-Prince et aux Gonaïves. Des aides d’urgence, d’un montant significatif, 7 millions d’euros, ont été immédiatement débloquées.

Cette solidarité n’est pas le seul fait du gouvernement français, loin de là. Les projets de coopération décentralisée ont pris depuis deux ans une nouvelle ampleur et, je n’en doute pas, connaîtront de nouveaux développements avec les Assises de la Coopération décentralisée franco-haïtienne, prévues en juillet prochain à Port-au-Prince. Les ONG sont également nombreuses et actives ; elles contribuent de manière irremplaçable à l’expression de notre solidarité.

Mais enfin, comme vous l’avez justement dit, l’Etat haïtien doit assumer toutes ses responsabilités en matière de coopération au développement. Au cours des dernières années, notre aide publique à Haïti a augmenté de manière très significative. Son montant, qui était de 12 millions d’euros en 2005, a atteint 26 millions d’euros l’an dernier, et devrait approcher 30 millions cette année.

En ce qui concerne l’aide budgétaire qui se trouve au centre des préoccupations de cette Conférence, la France a débloqué 4 millions d’euros qui viendront financer des projets de réhabilitation des écoles et un programme en faveur des cantines scolaires. Et j’ai le plaisir de vous annoncer que le gouvernement français a décidé de consacrer 3 millions d’euros supplémentaires à l’aide budgétaire qui s’ajouteront donc aux 4 millions non encore déboursés.

Cette aide s’inscrit dans le Cadre de Partenariat commun pour l’appui budgétaire que la France a passé le 27 février dernier avec Haïti et quatre autres partenaires du pays (la Banque mondiale, la Commission européenne, la Banque inter-américaine de développement et l’Espagne). De cette manière, Madame le Premier Ministre, nous entendons exprimer notre confiance dans votre gouvernement et notre appui à votre pays.

Je rappellerai également que l’aide française emprunte pour une large part des canaux multilatéraux. Ainsi mon pays contribue à hauteur de 20% environ au 10ème Fonds européen de Développement. Or, ce sont 304 millions d’euros qui sont programmés sur le FED en faveur d’Haïti pour la période 2008-2013. Haïti devrait aussi bénéficier de la part de l’Union européenne d’un appui budgétaire général de 48 millions d’euros.

Par ailleurs, la France soutiendra activement le Plan de reconstruction et de relance économique présenté par le gouvernement haïtien. Je ne souhaite pas vous imposer une longue énumération mais qu’il s’agisse d’éducation, d’enseignement supérieur, d’infrastructures, de création d’emplois et de relance économique, notre coopération est présente et active, notamment à travers l’Agence française de développement (AFD).
Bien sûr, la France entend inscrire son aide à Haïti dans le cadre des efforts importants que réalise la communauté internationale, qu’il s’agisse des Etats ou des grandes organisations multilatérales dont je salue l’action.

Et je saisis cette occasion pour remercier chaleureusement la Banque inter-américaine de développement et son président, M. Moreno.
Il est essentiel que nous entretenions une concertation étroite avec le gouvernement d’Haïti et avec la société civile haïtienne pour que notre aide corresponde mieux aux besoins, pour qu’elle soit plus efficace, pour que ceux à qui elle doit bénéficier en soient des acteurs pleinement responsables.

Mesdames et Messieurs,
Une vingtaine d’années après la chute de la dictature duvaliériste, soit le temps d’une génération, Haïti vit un moment important : il faut consolider les acquis : la stabilité, la démocratie, l’Etat de droit et aller de l’avant sur la voie du développement pour mieux répondre aux besoins fondamentaux des Haïtiens.

La communauté internationale peut et doit apporter son appui. Mais l’essentiel se jouera dans les campagnes, les fabriques, les écoles et les universités d’Haïti, au sein de son Parlement, dans ses administrations.
Nous avons confiance en vous. Nous connaissons la fierté, le courage du peuple haïtien.

Je me permets donc à travers vous, Madame le Premier Ministre, d’adresser à tous les Haïtiens un salut amical, fraternel et solidaire.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 23/04/2009

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