Février 2010 : Françoise Sigur-Cloutier [en]

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Entrevue avec Françoise Sigur-Cloutier

Propos recueillis par Corinne Cécilia

Vous travaillez comme Chef des communications à Radio-Canada Saskatchewan depuis 1994. Pourriez-vous nous parler de votre rôle, de vos responsabilitésdans ce poste ?

Je suis responsable de la promotion, de la publicité, du marketing, et des relations avec les employés, l’auditoire et la communauté pour toute la Saskatchewan.

A quoi ressemble une journée type et qu’aimez-vous le plus, au quotidien, dans votre métier ?

Ce que j’aime le plus dans ce que je fais c’est qu’il n’y a pas de journée type – je planifie autant que je peux les tâches à faire : réunions avec mes collaboratrices, les graphistes, les visionnements de promotions, les partenariats, les suivis, mais il y a toujours un message par courriel, par téléphone, ou par une visite qui vient enrichir ma journée et cela ne me dérange jamais !

Comment voyez-vous l’avenir des médias francophones dans les provinces de l’Ouest canadien ?

Les médias francophones dans l’Ouest sont essentiels au développement des communautés qu’ils desservent ; ils permettent la communication continue entre des groupes éloignés, le reflet à eux mêmes et le reflet aux autres ; leur travail aussi est de questionner et de permettre ces remises en question qui font progresser. On a souvent dit que les communautés francophones étaient sous la loupe des médias : ça peut aussi avoir quelques côtés… exigeants !

Vous avez étudié en France ; en quoi cela vous a-t-il aidé dans votre carrière internationale au Canada ?

Oui, j’ai étudié en France mais aussi au Canada, ces deux éducations se sont bien complétéeset m’ont permis de bien m’adapter à l’Ouest canadien – ma base en français acquise dans le sud de la France a dû se solidifier plus fermement puisque je vivais dans un milieu minoritaire et que je devais défendre ma langue, pour moi, mes enfants, ma communauté. Les bases d’anglais que j’avais appris au lycée m’ont bien sûr permis de communiquer et de m’offrir à ce qu’on appelle ici la communauté majoritaire. Vivre dans l’Ouest canadien, et y étudier, a été une très belle occasion de parfaire mon anglais tant à l’écrit qu’à l’oral.

Depuis 7 ans, vous êtes présidente d’une maison d’édition en français dans l’Ouest : les Éditions de la nouvelle plume. Parlez-nous de cette activité fascinante…

Par où commencer, sinon dire que cette activité bénévole est une œuvre d’amour, de grand amour ! Nous publions des livres, travaillons avec des auteurs, permettons donc à cette littérature naissante de prendre racine sur un sol où le vent souffle très fort ! Le travail au jour le jour, après une journée de travail déjà bien remplie, est très exigeant et les défis sont immenses : la mise en marché, le rayonnement de ces livres, demande beaucoup d’énergie et de ressources. Cette énergie et ces ressources sont gagnées de haute lutte. Compte tenu de toutes les possibilités dont nous sommes conscients et des ressources que nous y investissons, les résultats sont toujours à améliorer. Depuis quelques années, la nouvelle plume est devenue un porte-flambeau des auteurs de l’Ouest canadien et de la culture francophone des Prairies et j’en suis très fière. Je continue à avoir foi en cette œuvre et je continue surtout à motiver et à mobiliser une équipe pour faire vivre et surtout faire s’épanouir cette littérature.

Vous êtes aussi vice-présidente du Regroupement des éditeurs canadiens-français. Qu’est-ce qui compte le plus pour vous dans votre engagementcommunautaire ?

Mon implication au niveau du Regroupement des éditeurs canadiens français depuis 2005 est une suite logique à la direction des Éditions de la nouvelle plume ; c’est surtout avec mes collègues éditeurs en situation minoritaire que j’ai découvert à la fois que, non seulement, nous n’étions pas seuls à faire face à des défis importants, mais que nous pouvions unir nos forces, trouver des marchés niches, des solutions, nous donner des moyens et utiliser cette synergie de façon créative. Le contact avec des collègues dont les maisons d’édition varient beaucoup entre elles est aussi très enrichissant. Cependant la gestion d’un organisme national comporte avec plusieurs employés comporte aussi certains défis : le développement de la solidarité, le financement, et la gestion des ressources humaines pour n’en nommer que quelques-uns. Et cela prend aussi du temps : du temps passé en déplacements, en réunions, en conférences téléphoniques, à lire des documents, et faire de la représentation politique. Maintenir l’équilibre entre ce qui est essentiel et important et qui fait partie de l’engagement et ce qui pourrait être « intéressant » est un exercice constant.

Vous avez œuvré pendant une vingtaine d’années dans les groupes de femmes. Quels sont les défis spécifiques des femmes de la Saskatchewan ?

Dès 1975 j’ai trouvé dans le mouvement des femmes beaucoup de réponses à mes questionnements face à l’injustice de diverses situations ; lentement, à la fois par mon action, ma réflexion, mes lectures, je me suis trouvée à m’engager dans des groupes ou dans la formation de groupes ; je suis encore une de celles qui ose se nommer féministe, parce que je crois à l’égalité des sexes et que j’ai un sens aigu de l’injustice. Quand je suis arrivée en Saskatchewan, les femmes francophones étaient divisées sur plusieurs plans : urbanité vs ruralité, « jeunes » vs aînées, les « pro-vie » vs les pro-choix pour n’en nommer que quelques-uns. Aujourd’hui, 20 ans après, les défis des femmes en général ne sont plus tout à fait les mêmes – des groupes que je connaissais, il n’en reste que très peu, ils ont disparu faute de financement… et de temps ; les femmes ont accès à presque tout, elles sont sur tous les fronts, mais elles continuent à être celles qui s’occupent principalement des enfants, de la famille et de tout ce qui touche au bon fonctionnement de cette petite cellule. A cause de l’urbanisation, la situation économique, l’éclatement des familles, elles vivent principalement dans les villes et essaient de jongler avec leurs responsabilités multiples – la conciliation travail-famille est une source de stress constant ; elles font beaucoup de bénévolat puisque c’est la façon de garder certains services et c’est leur bénévolat qui cimente encore les communautés. Quand je suis arrivée en Saskatchewan c’était en majorité des hommes qui étaient à la tête des associations provinciales, et puis tout cela s’est inversé. Ce qui manque maintenant aux femmes, en Saskatchewan comme ailleurs au Canada, c’est ce support qu’elles trouvaient dans leur milieu, dans les groupes organisés, mais aussi l’analyse nécessaire devant la nouvelle situation qu’elle subissent plus qu’elles ne la choisissent, alors que leur lutte était surtout pour se donner des choix !

Vous aimez les montagnes, le ski alpin et les randonnées pédestres. Vous chantez aussi dans une chorale Gospel. Parlez-nous de ces activités « enchanteresses »…

À mon arrivée à Calgary je suis tombée amoureuse de ces superbes montagnes que sont les Rocheuses ; pour les découvrir j’ai appris à skier, que ce soit le ski alpin ou le ski de randonnée, je les ai aussi parcourues à pied lors de balades mémorables avec famille et amis ainsi qu’à vélo ; j’en profite à chaque occasion : aucun stress ne peut résister à une journée en montagne que ce soit en été ou en hiver ! Le chant a toujours fait partie de ma vie, d’aussi loin que je me rappelle ma mère m’amenait à ses répétitions de chant, même lorsque j’étais toute petite. Depuis le chant fait partie de ma vie, le chant fait vibrer mon corps et mon cœur ; surtout le chant gospel qui fait que l’on doit s’accorder les uns aux autres, vibrer ensemble sur des paroles porteuses d’un véritable message de paix, de compréhension et d’amour… Ces loisirs sont une source constante de ressourcement et de bonne forme physique ! Dès les premières neiges j’ai des démangeaisons dans mes bottines de ski !

Votre province connait un succès économique fort enviable et offre des perspectives d’avenir multiples. Quels conseils donneriez-vous à des compatriotes qui pensent s’établir en Saskatchewan ?

La Saskatchewan vit ce que j’appelle un boom tranquille, l’économie y est stable et nous conservons encore tout ce qui fait qu’il fait bon vivre chez nous ! L’avenir offre des perspectives très intéressantes à quiconque est prêt à tenter cette aventure ; comment l’aborder ? Avec les deux langues officielles, l’anglais et le français c’est un bon début ; un bagage d’études ou une spécialisation technique, et/ ou l’esprit d’entrepreneur. Une bonne dose d’ouverture d’esprit et avoir le cœur à l’ouvrage, car comme les pionniers qui ont bâti cette province, il ne faut pas avoir peur de travailler, ici ce n’est pas le Klondike, on ne ramasse pas l’or dans les cours d’eau mais on le ramasse dans la générosité de nos compatriotes et par le fruit de notre travail.

J’aimerais ajouter que je suis mariée à (patient) Michel Cloutier, mère de 3 (beaux) enfants et grand-mère de 9 (super) petits-enfants !

Merci Françoise !

Dernière modification : 17/03/2010

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