Octobre 2010 : David Kresz [en]

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C’est la complexe et émouvante histoire d’un homme né aux carrefours des langues, des cultures et des frontières. C’est l’histoire d’un homme tiraillé entre plusieurs identités, balancé entre déracinement et adaptation et qui continue de chercher à répondre à la question « qui suis-je » ? C’est la riche et passionnante histoire de David Kresz dont le parcours de vie évoque les questions d’appartenance identitaire, d’exil, de départ et de retour… mais attention rien de triste dans tout cela, cet homme là est un homme heureux !

L’histoire de David Kresz est sans doute semblable à celle de beaucoup d’autres, semblable à celle de ceux qui sont partis, un jour… David Kresz est né en 1955 de parents artistes et voyageurs. Sa mère est lituanienne d’origine allemande, son père est hongrois. Tous deux fuient leur pays respectif après la seconde guerre mondiale face à l’expansion soviétique. A l’époque déjà, le Canada nourrit les nombreux rêves d’exil de ceux qui fuient les guerres, la misère ou le chômage. C’est à l’Ontario College of Arts à Toronto que les parents de David font connaissance. Ils se marient et obtiennent rapidement la nationalité canadienne. Le Toronto industriel de la fin des années quarante et du début des années cinquante n’est pas vraiment enclin à encourager les arts et le couple enchaîne les petits boulots entre les fermes de tabac et le travail dans les usines. Leurs envies de liberté et d’expression artistique les mènent en Europe où ils visitent l’Espagne, l’Italie, la France et c’est finalement dans le Vaucluse, à Vaison- la - Romaine, qu’ils décident de poser leurs valises en 1954. David naît un an après, canadien sur le sol français. La famille parle l’allemand, langue commune au couple. David évoque bien la méfiance et la suspicion des locaux face à ces étrangers qui parlent une langue qui rappelle tant de douloureux souvenirs, seulement une dizaine d’années après la fin de la guerre.

David grandit sous le soleil de Provence où il est scolarisé jusqu’au lycée. Le bac en poche - et puisqu’il est canadien - David décide de partir faire ses études supérieures à Toronto. Il s’installe au Canada en 1975, sans en connaître très bien ni la langue, ni la culture… « Je me sentais un peu étranger en France  » dit-il « de parents canadiens d’adoption, qui eux-mêmes avaient fuit leur propre pays d’origine ». Comme elle l’avait été pour ses parents trente ans auparavant, le Canada fut une fois encore la destination rêvée, dans ce pays où tout le monde vient d’ailleurs, en quête d’une nouvelle identité.

David obtient en quatre ans un diplôme en géologie de l’Université de Toronto puis peu de temps après, poursuit une spécialisation en volcanologie et en géochimie à l’Université de St Catherine. Ses précieuses qualifications l’amènent à travailler pour la Commission Géologique de l’Ontario pour laquelle il fait essentiellement de la cartographie des terrains précambriens dans le nord de la province. Soudainement immergé dans un milieu 100% anglophone, David prend peur - et s’il venait à perdre son français ? Pour s’assurer de conserver cette langue qu’il considère comme sa langue dominante, il décide de retourner sur les bancs de l’université de Toronto, suivre un programme de traduction anglais-français à temps partiel.
Entre temps et comble de l’histoire, David rencontre en 1979, une auvergnate de Clermont-Ferrand, Evelyne… Elle l’épousera en France et décidera de le suivre dans son aventure canadienne. C’est à l’occasion de leur mariage que David apprend qu’il est officiellement français depuis l’âge de 19 ans, puisqu’il a passé 20 ans sur le territoire. Rapidement la famille s’agrandit et deux enfants naissent, en 1985 et 1987.

En 2004, David réalise un de ses rêves, après avoir quitté son travail de géologue pour le gouvernement provincial, avoir été traducteur, chauffeur de bus scolaire et même chercheur d’or en Indonésie, David rachète le fond de commerce d’un quincailler et redonne vie à une affaire qui existe depuis 40 ans… l’une des dernières quincailleries indépendantes de Toronto. « J’ai toujours rêvé de tenir une quincaillerie, je ne sais pas bien pourquoi d’ailleurs ? ». Peut-être tout simplement parce que l’endroit n’est pas sans rappeler une quincaillerie de Vaison-la-Romaine, où David se souvient, enfant, avoir erré dans ses rayons d’outillage aux parfums d’antan….
David ne regrette rien. Nous avons transmis à nos enfants la langue française pour leur permettre toutes options possibles à l’âge adulte. Peut-être feront-ils le chemin inverse, d’un Canada natal vers une France où ils n’ont jamais vécu.

Après toutes ces années, il avoue parfois se sentir encore déraciné, « quand nous nous sommes mariés, j’avais promis à ma femme que nous rentrerions en France après quelques années, nous sommes là depuis 35 ans, peut-être est-il temps que je tienne ma promesse….  ».

Dernière modification : 26/10/2010

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