Février 2011 : Marlène Marwah

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Marlène Marwah : Professeur de français à l’Alliance Française de Toronto

Bien des raisons peuvent pousser au départ, à l’aventure ou à une expatriation définitive. Marlène Marwah, professeur de français à l’Alliance Française de Toronto a quitté Paris pour Toronto, par amour. En plus de la dualité devenue classique pour les Français rencontrés dans le cadre de cette rubrique, entre une France natale et un Canada d’adoption, l’histoire de Marlène comporte un petit supplément d’âme qui rajoute richesse et complexité à son identité, elle possède un troisième lien, une troisième patrie par alliance, une troisième culture, l’Inde.

« Mon mari voulait quitter l’Inde et ne parlait pas français, il nous fallait donc nous installer dans un endroit anglophone ». Par élimination progressive et Marlène s’opposant à une immigration aux Etats-Unis dans le contexte de la guerre du Vietnam, le Canada et Toronto apparaissent progressivement comme la seule destination rassemblant l’ensemble des critères d’une installation possible hors des frontières de la France et de l’Inde. «  Je dois bien l’avouer, j’étais bien incapable de placer Toronto sur une carte avant mon arrivée ».

Le couple nouvellement arrivé pénètre le Toronto des années 70, « puritain, victorien, anglophone et blanc », Marlène s’adapte doucement et découvre, non sans un certain émoi, le centre ville de l’époque entre Yonge et Dundas parsemé de Strip clubs, de quelques boutiques, sans vie… « J’ai quitté Paris pour ça ? » se dit-elle à l’époque.

Arrivée à Toronto à 20 ans avec le bac en poche, Marlène travaille d’abord à Air India puis la famille s’agrandit rapidement et elle prend la décision d’élever ses deux fils à la maison. Au cours des dix premières années passées au Canada, la France est une image brumeuse que Marlène laisse derrière elle, sans vraiment y penser. « De toutes façons il n’y avait pas de place, l’Inde et le Canada étaient beaucoup trop présents, nous avons même envisagé un temps de retourner en Inde pour nous y installer  ». Le lien avec son pays d’origine est doucement réapparu avec l’arrivée des enfants et la décision de les élever dans un univers bilingue français/anglais et puis, le temps qui passe favorise un retour aux racines. C’est tout naturellement que Marlène ressent alors le besoin de retravailler et de se réinvestir après une longue période consacrée à ses enfants - et puisque le lien avec la France semble se renforcer, pourquoi ne pas transmettre et enseigner sa langue maternelle ?

Marlène se replonge alors dans les études et obtient un BA (diplôme universitaire de premier cycle) puis une maîtrise en linguistique et complète ses compétences par un certificat d’enseignement du Français Langue Etrangère qu’elle obtient au George Brown College. Elle étudie également la musique et le piano au Conservatoire de musique de Toronto dont elle sort diplômée après quelques années. Forte de ses nouvelles qualifications, Marlène prend rapidement contact avec le gouvernement fédéral et l’Alliance Française de Toronto afin de proposer ses services. Rapidement recrutée en tant que professeur de français, elle travaille d’abord auprès des juges fédéraux puis à l’AFT où elle donne des cours aux étudiants confirmés mais également aux professeurs qu’elle forme à la phonétique et à la phonologie. Elle avoue préférer les niveaux avancés et tout ce qui est une spécialité, la grammaire, la prononciation, la traduction ou la conversation avancée. Marlène reconnaît que l’AFT offre d’excellentes conditions de travail tant pour les élèves qui y étudient que pour les professeurs qui y enseignent. Les classes excèdent rarement les 12 étudiants « on peut travailler en profondeur avec chaque étudiant et cela constitue un point fort de l’AFT ». « Les étudiants que nous côtoyons sont un public réellement motivé avec une véritable soif d’apprendre, n’oublions pas que ce bilinguisme est extrêmement important pour ces Canadiens ».

Depuis peu, elle complète son emploi du temps par quelques cours du soir à l’Université de Toronto mais aussi par des cours particuliers dans lesquels elle s’épanouit tout particulièrement : « les cours particuliers sont une source d’enrichissement extraordinaire, je m’investis totalement dans l’univers de chacun de mes élèves afin de pouvoir leur apporter les bonnes notions et la bonne terminologie en français.  ». Son temps libre lui permet de partir à la découverte d’horizons encore inexplorés. Récemment, elle a découvert l’opéra et raconte avoir voyagé en assistant au cycle de l’Anneau de Nibelung de Richard Wagner. « J’ai découvert le spectacle le plus total qui existe : chant, théâtre, drame, décors, tout y est pour vous transporter, c’est une expérience unique  ».

Vous l’aurez sans doute déjà compris, Marlène Marwah est une femme investie et passionnée, façonnée par trois cultures bien différentes qui lui permettent très certainement cette curiosité et cette si grande ouverture d’esprit qui la caractérisent. Le lien avec ses racines se renforce avec le temps et la culture française a enfin trouvé sa place bien serrée entre le Canada et l’Inde. « Quand je rentre en France je ne peux m’empêcher de frissonner à la voix du personnel de bord qui annonce l’arrivée sur Roissy Charles de Gaulle, je ne peux passer devant une boulangerie sans vouloir un croissant mais y vivre… non ! Quand l’avion revient à Toronto, la même pensée me traverse toujours l’esprit… I am home »

Pour plus d’information sur l’Alliance Française de Toronto, www.alliance-francaise.ca

Dernière modification : 06/04/2011

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