Mars 2011 : Gilles Duranton [en]

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La régulation financière expliquée par le professeur Gilles Duranton

« C’est un très gros évènement. À l’époque, ça pouvait être le plus gros évènement économique de ma vie. » Comme tout le monde, Gilles Duranton a pris note de la crise financière en 2007. Cependant, ce titulaire de la chaire Noranda en commerce et développement international a fait bien plus, il a cherché à décrypter la plus grande crise financière depuis la Grande Dépression : « On est passé pas très loin de la catastrophe, ça valait donc la peine de m’investir et de comprendre un petit peu ce qui se passait. »

Le professeur Gilles Duranton enseigne les sciences économiques à l’Université de Toronto. Originaire de Lyon, il a étudié à HEC Paris ainsi qu’à la Sorbonne. En 1997, il a obtenu son doctorat en économie conjointement par l’École des Hautes Études en Sciences Sociales à Paris et par la London School of Economics. Spécialiste de la gestion urbaine et des disparités spatiales, le professeur Duranton développe des méthodes de quantification et se sert d’indicateurs pour déchiffrer les phénomènes économiques.

Après avoir observé la panne du système financier, il cherche à expliquer les failles d’un système qui a prouvé sa fragilité : « Le système financier entier s’est arrêté. Personne ne savait rien. Sur le moment et même après, personne ne comprenait. Bernanke, le gouverneur de la Réserve fédérale américaine, lui-même était dans le noir. Même les insiders n’avaient pas une vision globale, ils ne voyaient que leur marché. Ils étaient dans le noir complet. »

Symboles de la crise de liquidité et de la raréfaction du crédit, les faillites de Bear Stearns et de Lehman Brothers représentent un cap important dans le dénouement de la crise. « Ce sont les banques qui se sont arrêtées, » raconte le professeur Duranton. « Le système n’était plus liquide, il n’y avait plus d’émission de papiers commerciaux. Mais ça aurait pu être bien pire. Si ça avait duré plus longtemps, le système pouvait s’arrêter très vite avec des entreprises dans l’incapacité de payer leurs employés à la fin du mois et des faillites en cascade. »

La régulation financière tient aujourd’hui une place prépondérante au sein des initiatives des pays les plus secoués par la crise. D’après le dossier de presse de présentation de la présidence française du G20-G8, celle-ci se donne pour mission de poursuivre les chantiers déjà engagés : « La mise en œuvre effective des règles décidées par le G20, qu’il s’agisse des règles applicables aux banques ou d’encadrement des rémunérations, est un enjeu capital. » Elle estime que seul ce groupe international, par son poids et la légitimité qui s’en suit, peut mobiliser la capacité de décision nécessaire pour s’attaquer à des questions sensibles comme la supervision des marchés, les paradis fiscaux ou encore la rémunération des opérateurs de marché.

Le professeur Duranton identifie les systèmes opaques (« le shadow banking system ») comme les véritables menaces. Tout comme la présidence du G20-G8, il se joint à l’appel pour une transparence accrue. Avec ses révélations de transactions à montants exorbitants effectuées en dehors des marchés organisés et qui n’apparaissent pas dans les bilans des banques, la débâcle du groupe AIG a mis en évidence le danger de l’insolvabilité. Restées à découvert, les banques se sont rendues vulnérables : « En absence de marché organisé, tout le système peut s’arrêter lorsque tout le monde se méfie de tout le monde. Cela reprend le schéma classique des paniques bancaires, mais au lieu d’épargnants qui cherchent à récupérer leurs actifs, c’était les banques. »

Le professeur Duranton appuie finalement le concept de régulation financière, mais affirme qu’il n’est pas compris à sa juste valeur : « Il n’y a pas de secteur plus régulé dans l’économie. Il est donc mal régulé.  »

Dans le cadre de ses activités de communication et de liens avec la communauté, le professeur Gilles Duranton contribue généreusement à la table ronde éducative du 8 mars sur la régulation financière, organisée par le Consulat de France et le Lycée Français de Toronto pour la double présidence du G20 - G8.

Alexandre Boutebel

Dernière modification : 06/04/2011

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