Août 2011 : Véronique Ponce [en]

Veronique-Ponce

« Je ne me souviens pas que venir au Canada ait été une grosse décision. C’était en 1983. J’avais gâché deux ans à Paris dans un programme d’études qui ne m’intéressait pas et qui avait fini dans le désastre, j’avais ensuite décroché un boulot d’été au Club Med en Italie. Je n’avais aucune idée de ce que voulais faire dans la vie et n’avais encore aucune envie de le savoir. (…) J’ai vu l’annonce d’une agence qui recrutait des jeunes filles au pair pour travailler au Canada, et je suis partie. Je partais vers l’inconnu, j’avais très peu d’argent, je parlais à peine anglais, et j’étais foncièrement heureuse (et soulagée) d’avoir trouvé un but.

Le Canada a été pour moi l’Amérique, l’Eldorado que chantait Joe Dassin. Un pays où j’ai pu tout faire et tout explorer sans rien avoir à justifier. J’étais jeune, célibataire, débrouillarde et bilingue de surcroît, les portes s’ouvraient toutes seules. (…) Je me suis essayée à divers métiers au fil des envies et des débouchés : guide de voyages itinérants en canoë sur lacs et rivières, instructeur d’aérobie et entraîneur en salle de musculation, même secrétaire personnelle. J’ai été préposée dans les trains, je me suis brièvement laissé tenter par le métier d’agent immobilier et j’ai enseigné des centaines de cours de français (…).

Éventuellement, je suis retournée aux études sans d’autre but que d’avoir du plaisir, et ce fut toute la différence. De cancre je suis passée première de classe. J’ai fait une Licence puis une Maîtrise en littérature française et j’ai même étudié pendant six ans dans un programme de doctorat avec l’intention d’être prof. Et puis, j’ai fini par trouver ma niche dans le domaine de la traduction/révision, davantage par amour de l’écriture que par vocation. Je suis maintenant chef d’équipe de traduction en entreprise, et je donne quelques conférences ici et là, pour me rappeler le bon vieux temps à l’université. J’ai une équipe formidable, et la proximité de mon travail me permet de garder un style de vie sain puisque je me déplace partout en vélo ou à pied depuis 25 ans.

Car autant j’adore Toronto, autant la voiture n’aura jamais pour moi l’importance qu’elle a pour les Nord-Américains. J’aime le vélo. J’aime marcher. C’est le meilleur moyen de découvrir une ville. J’ai vite abandonné manteau en laine et bottes de cuir fin pour le confort des manteaux de plumes et des grosses bottes canadiennes dans lesquelles on peut marcher des kilomètres à -20o sans se geler. (…) J’ai même fait du camping d’hiver et j’ai nagé dans des lacs gelés après avoir cassé la couche de glace… toute une expérience !

Moi qui adorais parcourir les sentiers de grande randonnée en France, j’ai vite découvert qu’au Canada comme chez nos voisins américains, on est servis si on aime les grands espaces. J’ai parcouru le parc du Grand Canyon, les Rocheuses, le parc Gros-Morne, Auyuittuq sur l’île de Baffin, Zion, Bryce Canyon, le désert d’Arizona, le sentier du lac Supérieur, La Cloche Sillouette de Killarney, la Piste de la côte Ouest, Yosemite, Death Valley, etc. J’ai aussi suivi les modes du jour : j’ai été folle d’aérobie et de musculature dans les années 80, mordue de yoga au début des années 90, puis de course à pied et d’aviron. Je suis aujourd’hui accro de Pilates et j’ai depuis peu mon certificat d’instructeur de Zumba et de Pilates.

C’est au Canada que je me suis aussi découvert une passion pour la nutrition. Peut-être à cause de la relation antipathique qu’on entretient avec la nourriture en Amérique du Nord. D’ailleurs, c’est peut-être une prochaine carrière. (…). Pour des tas de raison je suis devenue végétarienne l’année de mon arrivée au Canada, et depuis quelques années, je suis végétalienne et crudivore. Je crois fermement que ce que l’on avale est grandement responsable de nos maladies et je m’efforce de manger vert et santé, c’est-à-dire des aliments vivants qui donnent de l’énergie et aident le corps à se régénérer. C’est un style de vie facile à vivre à Toronto (…).

Le Canada, c’est aussi là que j’ai trouvé l’amour de ma vie, mon mari Tim, et j’ai rencontré des gens merveilleux, dont nombre d’entre eux sont maintenant des amis de longue date. Car j’ai maintenant vécu au Canada plus longtemps que j’ai vécu en France et, quand je retourne dans ma ville natale, c’est un peu comme si j’allais à l’étranger. Pourtant, beaucoup de choses me manquent de la France : les vieilles pierres, les monuments historiques, les cathédrales, les villes moyenâgeuses, les clochers des églises, les marchés du samedi sur la place publique, les petits commerçants, l’odeur des baguettes, les balades en canot à Nogent-sur-Seine, les promenades sur les murailles de Provins, les péniches arrêtées aux écluses, les rues pavées, les chaises en rotin des cafés, et puis, les petits détails quotidiens qu’on ne remarque qu’une fois qu’on ne les a plus : les toiles cirées sur la table du jardin, les abeilles, les pots de fleurs aux fenêtres, les volets des maisons qu’on ferme le soir.

Je vis un peu entre deux mondes. On me dit que j’ai des manières françaises au Canada mais canadiennes en France. J’ai un accent français au Canada mais canadien en France. Je crois que toutes les personnes qui se sont installées à l’étranger ressentent un peu la même chose. On appartient à un monde qui, en fait, n’existe pas, un monde entre deux patries ». L’avantage, c’est qu’on est « cool » dans les deux pays, et ça, c’est inestimable ! » 

Dernière modification : 02/09/2011

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